Hacktivisme: les voies du pouvoir ne sont plus impénétrables

18 septembre 2012 | par Rodhlann Jornod

Le vrombissement incessant des ordinateurs dissipe les nuées âpres des gaz lacrymogènes, le clapotis furieux des claviers atténue le fracas des cocktails Molotov, et la révolte larvée d’esprits embrumés par l’opacité du pouvoir se présente à nouveau, l’œil résolu, le poing fermé, la transparence à la boutonnière. L’envie d’en découdre ne cache plus rien d’autre que le besoin de conquérir un savoir trop longtemps dissimulé. Internet a fait d’une révolte une révolution, et la liberté est à portée de clavier.

Le terme hacktivisme doit être compris comme la contraction des mots « hacker » et « activisme », comme l’action politique d’un « bidouilleur » qui prend conscience de la puissance de son savoir. Le terme hacker déploie une mythologie empreinte le plus souvent de pop culture et d’ignorance, délaissant l’histoire d’individus animés par le besoin de découvrir, de modifier, de transformer la technologie mise à leur disposition. Pourquoi se contenter du champ d’action d’un appareil ménager, d’un ordinateur, d’un logiciel, lorsque celui-ci porte en lui l’en puissance d’autres fonctionnalités ?

 

L’un des premiers serveurs de l’infrastructure de Telecomix. Un processeur SPARC tournant sous Debian Lenny. source: Wikimedia commons

Le hacker répond à cette question par un savoir technique avancé de la programmation informatique qu’il tâche de mettre en pratique sans suivre les règles établies. L’apparition des réseaux a créé une solidarité communautaire laissant paraître des valeurs partagées telles que la curiosité ou une croyance profonde dans les libertés individuelles. Au fil de leurs prouesses, dans l’ombre d’un monde interconnecté, la conscience de la puissance de leurs connaissances a laissé émerger l’idée d’une puissance politique égale. La verticalité opaque des structures politiques classiques s’est vue ébranlée par la popularisation du réseau Internet. Dès cet instant, Internet a présenté une idée nouvelle de l’accessibilité du savoir, une idée d’horizontalité – le développement des projets de la fondation Wikimedia en est un bel exemple. La maîtrise du savoir n’appartient donc plus à certains mais est à la disposition de tous. Cette voie originale de l’accession à la connaissance, qui commence aujourd’hui à acquérir toute sa consistance, pressent dès lors une possible accession au pouvoir et à sa maîtrise par toute personne munie d’un ordinateur et de volonté.

Les liens entre savoir et pouvoir

Le philosophe Francis Bacon, dans ses Meditationes Sacrae, considéra le lien entre le savoir et le pouvoir en indiquant que « le savoir est pouvoir ». La connaissance de l’informatique, outil de la transmission des informations structurantes de notre société, entraînerait leur maîtrise et celle du pouvoir qu’elles véhiculent. La main tantôt facétieuse tantôt courroucée du technophile ombragerait alors les politiques qui peinent à présent à dissimuler leurs secrets. Face à la lente déliquescence de leur maîtrise du pouvoir, ces derniers ne pourraient, selon l’affirmation baconienne, que s’engager dans une course-poursuite en entravant, contrôlant, interdisant l’activité des nouveaux détenteurs du savoir.

 

Wikileaks est une association dont le site publie des documents politiques en s’appuyant sur les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme. source : Wikimedia commons

A cette vision partielle de la réalité, le rapport établi par le philosophe français Michel Foucault entre savoir et pouvoir semble beaucoup plus approprié aux agissements des hacktivistes. Foucault pense le lien entre pouvoir et savoir comme une interconnexion de leur champ et non comme une dépendance. Ces rapports vont déterminer le sujet et son action en créant des liens et des hiérarchies, ou en les détruisant. Le pouvoir entraîne donc également un savoir, et cette interconnexion crée une dynamique circulaire pouvant mener le sujet vers toujours plus de savoir et de pouvoir. La maîtrise de cette dynamique devient donc la clef du hacktivisme, ou la dernière défense des structures politiques classiques. Un exemple de la pensée foucaldienne est l’aspect statisticien que peut avoir une politique de santé publique. La collecte des données et la compilation de celles-ci en bases suggèrent une maîtrise de la capacité à agir au niveau de la collectivité. La connaissance de l’état global de la société, issue de la collecte et de la détention de ces données, indique un pouvoir de vie, de maintenir la stabilité d’un groupe, et illustre le fait que le pouvoir entraîne aussi le savoir.

Ce dépassement de la pensée de Bacon fait du hacktivisme une fronde aux allures de révolution, où les actions politiques (par exemple, les attaques contre des sites Internet gouvernementaux) se basent essentiellement sur la détention d’informations et non plus seulement sur de simples convictions. Le hacktivisme donne une teinte de justice à son activisme politique. Les démarches mises en œuvre ces dernières années afin d’établir de la transparence au sein des Etats ne peuvent être que favorables à l’impact du hacktivisme. Les meilleurs exemples sont les doctrines de gouvernement ouvert et de données ouvertes (mouvements plus connus sous leur étiquette anglaise Open Government et Open Data), qui mettent à la disposition de tous un savoir détenu par les gouvernants. Chacun peut ainsi non seulement acquérir des informations mais encore le pouvoir politique y correspondant en déterminant son action citoyenne, notamment à travers son vote.

L’exemple foucaldien du panoptique qui montre l’établissement architectural de la détention du savoir dans le contexte carcéral (le gardien voit les prisonniers sans qu’ils puissent savoir s’ils sont observés) expose la création d’un rapport dominant-dominé grâce au contrôle de la connaissance. Le savoir de l’autre peut alors devenir un pouvoir sur soi, et la crainte de ce rapport crée des hiérarchies de la défiance.

Mais le hacktivisme laisse émerger l’espoir du sens retrouvé de la démocratie, non comme une finalité politicienne mais comme un moyen d’affirmer le pouvoir de chacun sur l’organisation de la société. La solidarité dont fait preuve le hacktivisme présage une conquête libératrice du rapport entre pouvoir et savoir qui offrira à chaque citoyen une maîtrise nouvelle de la politique.

De la bidouille à la défense de la liberté

La méfiance du hacker par rapport au pouvoir a sans doute trouvé une de ses sources dans la culture qui a alimenté son imaginaire. Le mouvement cyberpunk décrivait une réalité proche où la technologie et ses implications sociales réduisaient le futur à une dystopie. Il y avait dans ce courant artistique, qui influença la culture des hackers, l’intuition de la place primordiale du savoir technologique dans la maîtrise du pouvoir politique. Celui qui sait devient une menace pour l’autorité établie, qui tente de contrôler voire de mater la libre pensée du hacker. Ces présages d’un comportement gouvernemental, qui vacille entre incapacité à agir et répression brutale, se cristallisent dans la Déclaration de Hacktivismo, groupe proche de l’organisation Cult of the Dead Cow, qui fonde son hacktivisme sur la constatation d’une attitude liberticide des gouvernements sur le réseau Internet. Ce groupe affirme ainsi défendre des droits issus de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme appliqués à Internet, tels le droit à l’information et la liberté d’opinion et d’expression. Cette volonté d’agir place les Etats face à leurs propres engagements et leur incapacité relative à les tenir.

Les valeurs défendues par les mouvements hacktivistes se trouvent être plus ou moins les mêmes d’un groupe à l’autre. La défense des libertés individuelles caractérise la motivation de ces individus, qui prenant conscience du potentiel de leur connaissance refusent de rester inactifs face à l’inertie des Etats. De la sorte, les allemands du Chaos Computer Club défendent la promotion de la liberté de l’information, de la transparence dans les gouvernements et de la communication comme droit de l’Homme. Telecomix, quant à lui, s’est illustré par sa défense de la liberté d’expression au cours des révolutions du Printemps arabe ; il a permis d’assurer notamment la mémoire vive de ces révolutions.

Internet ne peut plus être considéré de manière simpliste comme un autre lieu, comme une hétérotopie naissante isolée du monde, mais doit être perçu comme une continuité du réel où chacun prolonge son identité et a droit à une même protection de sa liberté. La connaissance informatique des hacktivistes leur permet de maîtriser le réseau de tout un pays (détournement de tout le réseau Internet syrien par Telecomix en septembre 2011 afin d’indiquer aux syriens les procédures à suivre pour contourner la censure), et ce savoir appliqué dans la défense de valeurs communes leur offre une virtualité nouvelle d’actions politiques. Une même voix s’élève contre la censure et l’oppression, prête à se battre pour les libertés de chacun et à défier toute forme de tyrannie.

Internet, possible espace de répression, devient un terrain de combat pour les défenseurs des libertés. Cette possible menace alimente le mouvement crypto-anarchiste, qui au-delà du rejet de l’entité gouvernementale, prône l’usage de la cryptographie afin de rendre le savoir de chacun inaccessible et de ne plus alimenter le pouvoir d’une minorité. Le crypto-anarchisme souhaite appliquer un anonymat davantage affirmé sur le réseau Internet afin de protéger la vie privée. Au-delà de la promotion douteuse d’un anonymat quasi total sur le réseau Internet si ce dernier est considéré comme une continuité du réel, les outils développés et utilisés par ce courant (comme GNU Privacy Guard qui permet d’assurer des communications confidentielles) déploient toute leur importance dans les conflits qui animent le Printemps arabe. L’usage de la cryptographie permet à certains révolutionnaires d’échapper à la répression autoritaire de leur gouvernement et de transmettre au monde les informations sur les exactions subies. Cette importance de la communication cryptée a permis de mobiliser l’opinion internationale et d’organiser la résistance comme en Egypte ou en Syrie – le gouvernement qui ne connaît plus les activités de ses citoyens ne peut alors plus cibler précisément leurs actions et les empêcher d’advenir.

 

Des membres d’Anonymous portant des masques de Guy Fawkes au centre de scientologie à Los Angeles. source : Wikimedia commons

Cette promotion de la cryptographie et de l’anonymat trouve une application toute particulière dans le mouvement Anonymous (pour une analyse historique et anthropologique d’Anonymous voir les écrits de Gabriella Coleman). L’action politique d’Anonymous se présente différemment, puisqu’il n’est plus possible de distinguer précisément une pensée ou la périphérie d’un groupe. Anonymous est tout le monde, et tout le monde est Anonymous. Cette structure – ou absence de structure – décontenance les autorités qui tentent inutilement d’anéantir un groupe dit perturbateur et menaçant. A ces coups d’épée dans l’eau, les lulz de la figure narquoise d’Anonymous pleuvent sur l’incompréhension des gouvernements. Anonymous n’est pas un groupe de hacktivistes, Anonymous est une conscience hacktiviste. Par-delà idéologies et frontières, Anonymous est l’écho d’une colère nébuleuse qui refuse de se voir dicter sa conduite par des élites intéressées, de se soumettre à l’impunité étatique, de subir des atteintes liberticides, et qui affirme : « Nous savons alors nous pouvons. Nous pouvons alors nous savons. Redoutez-nous ! ». L’hypothèse du panoptique semble s’inverser.

Diffusion du savoir et transformation du pouvoir : une voie vers l’anarchisme

De nouveaux logiciels tels des moteurs de wiki ont permis au savoir de se diffuser aisément en offrant la possibilité à chacun de transmettre sa connaissance et d’en faire profiter toute personne accédant au réseau Internet. Wikileaks utilisant le même logiciel que Wikipédia, MediaWiki, a mis à disposition de tout internaute une plate-forme afin de diffuser publiquement des fuites d’informations, tout en assurant la protection de ses sources. Wikileaks base son action sur l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, énonçant la liberté d’opinion et d’expression. L’action de Wikileaks a permis de lever le voile sur certains comportements illégaux au cours de conflits militaires récents, qui ont été passés sous silence par les gouvernements responsables. Ce groupe a non seulement brisé l’opacité de gouvernements qui ne souhaitaient pas partager les informations relatives à leurs actions, légales ou illégales, mais a surtout affirmé la transparence comme un principe premier de la politique.

Chaque citoyen doit avoir le droit d’accéder aux informations relatives à la politique de sa collectivité ; il pourra ainsi moduler l’exercice de ses droits (son droit de vote notamment) en fonction de toutes les informations existantes. L’opacité de la politique contemporaine est considérée comme une négation de l’entité gouvernementale en tant qu’intermédiaire entre l’action politique et le citoyen, au sein d’un Etat de droit. Néanmoins, la particularité de Wikileaks est l’horizontalité de la diffusion de l’information qui découle du moteur de wiki lui-même, alors qu’il serait possible d’envisager une transparence verticale avec l’idée de données ouvertes fournies par l’Etat lui-même (Open Data). Une fois de plus, comme il a été possible de l’observer au cours de la Révolution industrielle, les avancées techniques sont devenues les sources des transformations sociétales et ont alimenté les esprits révolutionnaires. Wikileaks offrant à chacun la possibilité de diffuser l’information et d’y accéder crée une architecture horizontale du savoir menant, au travers du prisme de la dynamique foucaldienne, à une architecture horizontale du pouvoir, qui caractérise la société anarchiste.

Face à l’inefficacité des gouvernements et des Nations Unies, le soutien concret des hacktivistes aux révolutionnaires du Printemps arabe a exposé une solidarité internationale qui se structurait sans hiérarchie à travers Internet (#OpSyria). La constatation de l’incapacité à agir des structures politiques classiques induit une perte de leur crédibilité. Une conséquence indirecte du hacktivisme, qui a pour but premier de défendre les libertés et non de mettre en place un système politique alternatif, est d’esquisser une nouvelle forme politique de type anarchiste se servant particulièrement des réseaux informatiques et d’outils nouveaux, comme les logiciels présageant l’instauration d’une démocratie liquide – un système de démocratie notamment utilisé par le Parti pirate allemand dans lequel la plupart des problèmes sont décidés par un référendum direct – afin d’établir une organisation horizontale de notre société.

Fort des idées issues du mouvement Do it yourself ou de la désobéissance civile, le hacktivisme utilise des méthodes propres au courant anarchiste, reproduisant même dans certaines protestations, qui ont tout de sit-in « en ligne », des zones autonomes temporaires sur le réseau, comme les avait décrites Hakim Bey. Internet devenu prolongement du réel devient également le creuset de contestations se prolongeant en lui. La neutralité du réseau correspond alors à une condition essentielle dont devrait profiter tout citoyen, afin de pouvoir accéder sans entrave à la continuité de sa réalité et exercer pleinement sa liberté. Comme l’ont montré les analyses de Michel Foucault de la parrêsia cynique (franchise, liberté de parole) dans ses cours au Collège de France, le courage de la vérité peut devenir une arme permettant de s’émanciper des pouvoirs et offrant à celui qui le pratique autonomie et indépendance. Les codes sources du hacktiviste lancés avec audace à travers la toile l’affranchissent d’une vérité modelée par autrui. Il ne subit plus, il contribue.

De l’arbre de Porphyre nous arrivons au rhizome de Deleuze et Guattari. La subordination fait place à une interconnexion où chaque sujet acquiert un pouvoir d’influence sur tous les autres sujets. Une réelle société cybernétique, dans laquelle ses composantes se définissent davantage par leurs interactions que par leurs caractéristiques propres, est en train de se dessiner au travers du spectre de la technologie.

L’humain se révèle dans l’internaute dans toute son universalité. De l’alliance d’un langage binaire commun à tout ordinateur à l’esprit critique du citoyen qui refuse l’injustice, jaillit l’idée d’une humanité solidaire. La technologie, sans effacer les différences culturelles, rassemble les citoyens en une communauté qui gravite autour d’une même valeur, la liberté.

A propos de l’auteur :

Rodhlann Jornod, après avoir suivi des études de droit, se consacre à l’étude de la philosophie pratique. Il est doctorant au sein de l’Institut de criminologie de Paris, et rédige actuellement une thèse de doctorat qui analyse les structures de la morale à partir du phénomène du droit pénal. Son intérêt pour les nouvelles technologies l’a également conduit à étudier l’impact des sciences sur des notions de philosophie pratique telles que la morale et la politique.

Pour plus d’informations (et plus de pouvoir ?) :

Sur Michel Foucault :
http://michel-foucault-archives.org/
http://www.foucault.info/
http://plato.stanford.edu/entries/foucault/

Sur les hackers et le hacktivisme :
http://owni.fr/dossiers/hacker-hacktivisme-telecomix-anonymous/
http://www.niemanlab.org/2010/12/from-indymedia-to-wikileaks-what-a-decade-of-hacking-journalistic-culture-says-about-the-future-of-news/
http://www.alexandrasamuel.com/dissertation/pdfs/index.html

Articles de Gabriella Coleman :

Lien vers l’article original: http://blog.mysciencework.com/2012/09/18/hacktivisme-les-voies-du-pouvoir-ne-sont-plus-impenetrables.html

L’ascension curieusement rapide de Barack Obama

Barack Obama a l’air fringant dans son costard de premier de la classe… mais ce n’est qu’une apparence – Capture d’image Heliofant/ »I, Pet Goat II« 

Issu de deux marxistes qui se sont rencontrés dans une classe d’apprentissage de la langue russe, Barack Obama fut élevé pour de grands desseins, peut-être aussi loin que ses jours de lycée. Un « mentor » communiste et bi-sexuel nommé Frank Marshall Davis semble avoir été la connexion du jeune Barry au filon du Nouvel Ordre Mondial. Élève obtenant des 13 ou 14/20 au lycée et fumant des joints, étudiant décrochant des 10, 11/20 à l’Occidental College et fumeur de crack de son propre aveu, les admissions d’Obama à l’Université élitiste de Columbia, et ensuite à la Harvard Law School, défient toute explication.

Lire la suite

L’Avocat de Julian Assange: « un homme innocent persécuté, et des crimes de guerre US impunis »

En passant

Interview réalisée le 10 septembre 2012, sur Actualidad RT.

Le Juge Baltasar Garzon, Avocat de Julian Assange

Baltasar Garzón est un habitué de la tension et des conflits inhérents au combat contre les injustices commises par les gouvernements. Dans une interview exclusive à RT (Russia Today), le juriste espagnol a expliqué pourquoi le fondateur de WikiLeaks et lanceur d’alerte Julian Assange « mérite d’être défendu ».

La bataille apparemment intraitable entre l’Équateur et le Royaume-Uni autour de Julian Assange a braqué un projecteur sur le sentier périlleux qu’empruntent les lanceurs d’alerte en exposant les abus de pouvoir des États.

Avec Assange cloîtré à l’intérieur de l’Ambassade équatorienne depuis juin, la décision du petit pays latino-américain d’accorder l’asile politique au fondateur de WikiLeaks est en lourd contraste avec le fait qu’il vive enfermé sous clé comme un fugitif, sous la perpétuelle crainte d’une arrestation.

Au milieu de cette impasse internationale, Garzón a longuement parlé avec la chaîne-soeur de RT, Actualidad RT, de la raison pour laquelle le Royaume-Uni ne faisait que bluffer lorsque les autorités britanniques ont menacé de faire un raid dans l’Ambassade équatorienne, de pourquoi il n’a aucun doute que les USA aient engagé une procédure contre son client, et de l’ironie du fait qu’Assange soit persécuté pour l’exposition de violations flagrantes des Droits de l’Homme, pendant que les auteurs de ces actes criminels restent libres.

Transcription:

RT: Vous avez dit que tout ce qui arrive à Julian Assange est d’une injustice extrême. Pourquoi cela?

Baltasar Garzón:  C’est de l’injustice, parce que les USA mènent une enquête criminelle contre WikiLeaks – ceci n’est que selon quelques sources, malgré tout très fiables. Cette affaire vise surtout Julian Assange, mais d’autres fondateurs de l’organisation sont aussi impliqués. À cet égard, il nous est absolument clair qu’une telle enquête et une telle procédure à l’encontre d’un journaliste qui, en tout et pour tout, ne faisait que son travail, violent la liberté d’expression aux USA, une nation qui s’enorgueillit de toujours défendre la liberté d’expression, une valeur fermement stipulée dans sa Constitution.

C’est une grande préoccupation, et essentiellement la raison pour laquelle Julian Assange a décidé de chercher une protection vis-à-vis de la Suède à l’Ambassade équatorienne, parce qu’il savait qu’il pouvait s’en faire extrader vers les USA. C’est tout ce dont il s’agit. Et l’Équateur a pris cette responsabilité et accordé l’asile diplomatique et politique à Julian Assange. Donc M. Assange et son équipe juridique n’ont pas à justifier cette décision – il a exercé son droit fondamental. Il est clair que l’asile politique fut accordé parce que Julian Assange était confronté à une terrible injustice. Et c’est ce contre quoi nous nous battons actuellement, et nous continuerons à nous battre et prouverons qu’il n’y a pas de raison de poursuivre M. Assange.

Par ailleurs, Julian Assange est prêt à livrer sa déclaration, il est prêt à répondre à un interrogatoire en Suède, à se soumettre à d’autres procédures, mais uniquement s’il lui est garanti que cela ne mènera pas vers une affaire encore plus compliquée, où il serait privé de son droit à la liberté de parole et d’information.

Julian Assange (Photo AFP/Carl Court)

RT: Avant de parler de la possibilité de son extradition vers les USA, vous avez dit que Julian Assange n’évite pas l’accusation venant de Suède, mais qu’il évite l’extradition vers les USA. Vous avez aussi souligné que l’affaire suédoise contre Julian Assange ne repose sur rien, et que les accusations portées contre lui ne sont pas très claires. Qu’entendiez-vous par là?

BG:J’entends que, selon les informations dont nous disposons sur cette affaire – le témoignage de Julian Assange et quelques documents sur lesquels nous avons réussi à mettre la main – cette affaire ne repose sur rien. Lorsqu’il est venu au Royaume-Uni et que la Cour n’avait pas encore statué sur la demande d’extradition, Julian Assange affirma aux Procureurs suédois qu’il était parfaitement disposé à coopérer. Il l’avait également dit plus tôt, avant de quitter la Suède; il leur offrit même d’y retourner pour interrogatoire. Et il est toujours prêt à le faire, à la seule différence que désormais il demande au Procureur de venir au Royaume-Uni pour l’interroger. Ce n’est pas un comportement rebelle. D’un autre côté, nous respectons le système judiciaire de la Suède, nous n’avons aucune raison objective de ne pas lui faire confiance, mais nous pensons que leur approche est trop sévère – ils veulent que Julian Assange vienne en Suède pour y être interrogé.

RT: À votre avis, pourquoi la Suède a-t-elle pris cette approche, comme vous dites, sévère? Vous avez dit que vous pouviez accepter leurs termes à une seule condition. Mais y a-t-il un cadre légal pour cela? Comment un pays peut-il garantir qu’il n’extradera pas plus tard une personne vers un autre pays?

BG:Rien n’est impossible. Nous, de notre côté, faisons tout ce que nous pouvons. Il y a deux facteurs ici que nous prenons en considération. Premièrement, le Royaume-Uni est juridiquement obligé d’accéder à la demande de la Suède, parce que la Cour Suprême a rendu cette décision. Mais, nous pensons qu’il est aussi de leur devoir de protéger le droit de M. Assange à l’asile politique. Et nous pensons que ce droit à l’asile politique a besoin d’être préservé et, à ce stade, nous pensons qu’il prévaut.

Je ne comprends pas pourquoi Julian Assange a besoin d’être présent en personne à cet interrogatoire. C’est là ce qu’ils réclament, mais personne ne peut nous expliquer pourquoi ceci doit avoir lieu en Suède, pas à Londres, surtout maintenant qu’il a reçu l’asile politique et qu’il est sous la protection diplomatique de l’Ambassade équatorienne.

RT: Les garanties doivent être déterminées, donc quelle chance y a-t-il que la Suède, consciente que la peine capitale a encore cours aux USA, extrade Julian Assange?

BG: Nous ne le savons pas. Nous ne savons même pas si la Suède acceptera d’extrader Julian Assange. Il y a une certaine procédure à respecter: quand n’importe quel pays, qui n’administre pas la peine capitale est requis d’extrader une personne, il doit être certifié par le pays demandeur que la peine capitale ne sera pas administrée, même si elle est prononcée. Ce n’est même plus une question d’administration ou non de la peine capitale, mais plutôt d’un droit reconnu, celui de l’asile politique et diplomatique.

Il y a un pays, l’Équateur en l’occurrence, qui maintient que l’affaire est politique plutôt que criminelle. Donc nous ne pouvons pas vraiment discuter d’extradition vers les USA, puisque l’asile politique et diplomatique a été accordé à Julian Assange. Il n’y a aucune chance de satisfaction d’une requête en extradition. Le fait est que ceci est une affaire de grave infraction des Droits de l’Homme.

La décision de l’Équateur d’accorder l’asile politique à Julian Assange, d’évoquer son droit à celui-ci, le droit qui a été garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU de 1951 relative au Statut des Réfugiés et d’autre traités internationaux, ainsi que dans de nombreuses constitutions, l’Équateur étant l’un d’entre eux. Ce n’est pas un droit per se, c’en devient une fois qu’il a été reconnu. En ce moment, Julian Assange est un réfugié politique, et ne peut pas être poursuivi pour les actes qui ont servi de base pour l’octroi de son asile politique au départ.

RT: Le problème est qu’il ne peut pas vraiment exercer son droit constitutionnel.

BG:En réalité, il l’exerce en ce moment-même. Il ne peut ni être attaqué ni arrêté. Pénétrer dans l’Ambassade de force est inconcevable, surtout après les déclarations faites par des organisations internationales telles que l’Organisation des États Américains, et avant cela par l’ONU, en accord avec la résolution de Conseil de Sécurité qui a condamné les attaques contre l’Ambassade britannique à Téhéran en novembre dernier, et qui a réitéré que les locaux des ambassades sont inviolables. Je pense que la Grande-Bretagne a fait une menace en l’air. Et oui, il exerce ses droits, mais d’une manière très limitée, comme il vit dans l’Ambassade et sous sa protection.

RT: Exactement, d’une manière très limitée. Il lui a été accordé l’asile politique, mais il est logé dans une petite pièce qui mesure 4 mètres carrés, et entre autres choses, ceci peut durer longtemps. Y a-t-il une chance qu’il tout simplement en train d’essayer d’épuiser les autorités britanniques?

BG:Il n’y a pas de limite de temps pour résoudre cette situation. Une solution diplomatique est possible. Je ne sais pas si c’est en discussion ni s’il y a là quelque progrès. Une solution juridique est également possible si les deux pays vont devant la Cour Internationale de Justice, dont ils doivent agréer la décision selon le Protocole de la Convention de Vienne.

Tout bien considéré, Julian Assange et ses supporters sont impuissants face à une décision politique, diplomatique ou judiciaire. Nous pouvons exprimer nos opinions, nous pouvons contribuer au processus en fournissant de la documentation et de l’expertise, nous pouvons donner des conseils sur la marche à suivre, mais nous ne pouvons pas prendre la décision finale, parce que nous n’y sommes pas autorisés. Julian Assange a un droit à l’asile politique, celui-ci peut être contesté et défendu, mais ce n’est pas lui qui décide de l’issue de l’affaire.

Des officiers de la Metropolitan Police se tenant devant l’Ambassade équatorienne à Londres, avant l’allocution de Julian Assange aux médias, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit qu’il y a peu de chances que la Grande-Bretagne fasse un raid sur l’Ambassade mais quand l’asile fut accordé les tensions devinrent très vives, et une fois que les autorités britanniques aient fait cette menace, certains diffuseurs médiatiques ont souligné que la loi britannique dispose de provisions pour la révocation du statut d’une mission diplomatique.

BG:Tout d’abord, c’était avant que Julian Assange n’obtienne l’asile politique; je crois que c’était le jour précédent. Je ne discuterai pas des actes de la Grande-Bretagne – ils étaient, en fait, politiquement motivés, mais je n’entrerai pas dans les détails des raisons sous-jacentes. De toute manière, comme je l’ai déjà dit, les menaces n’étaient pas réalistes. Mais il existe une telle loi. Elle fut adoptée en 1987 dans le sillage des événements concernant l’Ambassade libyenne. Une femme reçut un coup de feu, et le suspect de ce crime, qui était étiqueté « terrorisme », échappa aux poursuites. Donc en 1987, la Grande-Bretagne adopta cette loi qui fut citée comme base de la révocation de l’immunité diplomatique.

Le cas de Julian Assange, toutefois, n’est en aucune manière similaire à la situation que je viens de décrire, et il concerne aussi un pays tiers qui reconnaît le droit à l’asile politique. Dans le cas de l’Ambassade libyenne, l’asile politique ne fut accordé à personne et, au bout du compte, les locaux de l’Ambassade ne furent pas violés. À mon sens, cette loi est inapplicable dans la situation de Julian Assange. Et jusqu’à maintenant rien de tel ne s’est produit, ce n’était que de la rhétorique. En fonction de cela, il me semble que nous devons engager un dialogue afin de trouver une solution diplomatique et politique, ou alors, attendre que le gouvernement équatorien prenne une décision.

RT: Vous affirmez que vous avez la preuve que les USA mènent une enquête secrète. Pensez-vous que ce soit légal de mener de telles investigations?

BG:Tous les pays ont une pratique de conduite d’enquêtes secrètes, bien entendu, s’il y a de bonnes raisons d’en faire. Nous ne savons pas si les USA ont de telles raisons dans cette affaire. Mains nous savons avec certitude que l’enquête a été ouverte – le gouvernement US a reconnu ce fait. Nous savons aussi qu’aucune accusation formelle n’a été portée contre M. Assange jusqu’à maintenant. Mais cela veut seulement dire qu’il n’est pas sous le coup d’une accusation pour le moment, ils peuvent très bien dans l’avenir l’accuser à n’importe quel instant. Nous savons aussi que les USA continuent de rassembler des informations sur cette affaire et, en théorie, cela pourrait être la source de l’accusation qui serait sensiblement utilisée pour émettre un mandat d’arrêt international.

En concordance avec la loi US, nous avons envoyé une requête aux autorités US pour qu’ils confirment qu’ils mènent en effet une enquête sur ses activités. Si c’est le cas, pourquoi la défense de M. Assange n’y prend-elle pas part? Si la défense n’a aucun accès à l’affaire, alors de quelle manière la collection de preuves en cours est-elle consistante avec la législation US?

Dès que nous aurons clarifié ce point, nous pourrons dire si cette affaire est en accord avec la loi. Jusqu’à maintenant, les déclarations faites par quelques politiciens états-uniens éminents laissent à penser qu’il pourrait être mis en accusation selon l’Espionage Act, une loi qui n’a pas été appliquée depuis la Guerre Froide. Je ne pense pas que M. Assange soit un espion. Il a simplement publié des informations qu’il a reçues de sources extérieures via WikiLeaks; informations qui étaient accessibles à des milliers de personnes. Tout ce qu’il a fait est d’exercer son droit à la liberté de l’information – il l’a reçue et l’a partagée.

Je suis beaucoup plus surpris qu’il n’y ait eu aucune enquête sur les crimes flagrants et documentés dans ces fuites de rapports décrivant l’interférence US – par divers canaux d’information ou des agents dans divers États – avec des problèmes qui n’ont strictement rien à voir avec soit la sécurité nationale soit la sécurité des citoyens des USA ou la défense, mais plutôt indicatifs du désordre interne des États-Unis.

le fondateur de WikiLeaks Julian Assange s’adressant aux médias et à ses supporters depuis le balcon de l’Ambassade équatorienne à Londres, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit que la pression était exercée non seulement sur Julian Assange, mais sur ceux qui l’entourent, également. Avez-vous vous-même subi de quelconques pressions? Et, pourquoi avez-vous décidé de prendre cette affaire?

BG: Cette affaire mérite d’être défendue, et c’est précisément pourquoi j’ai rejoint l’équipe sans demander de rémunération. Des droits humains fondamentaux ont été violés ici. Un homme qui n’a commis aucun crime est persécuté. je savais que cela en valait la peine dès la minute où j’ai pris l’affaire. Malgré les pressions, nous continuerons à faire ce que nous avons à faire et il s’agit de défendre les intérêts de notre client. Il est clair qu’il n’y a pas que M. Assange qui ait été exposé à la pression. Mais je n’entrerai pas dans davantage de détails tout de suite. Nous en parlerons plus tard.

RT: Je souhaite me tourner vers le processus de paix qui est en cours en Colombie entre le gouvernement et les rebelles du FARC. Vous avez appelé le Président Santos un homme courageux et dit que le processus allait être long et plein de risques et de défis. Pensez-vous qu’un demi-siècle de conflit armé approche de sa fin?

BG:Je pense qu’il est prématuré de parler du conflit comme approchant de sa fin. Je crois qu’il s’agit d’un pas des plus importants, qui a couronné six mois de négociations. Comme l’a dit le Président Santos, c’était la première fois qu’une déclaration conjointe préliminaire d’intention de poursuivre le dialogue et les négociations ait été signée. En effet, les deux côtés – le gouvernement et les forces de la guérilla – sont toujours en conflit. Ceci ne fait aucun doute.

La raison pour laquelle je dis que le Président colombien est un homme courageux est qu’il s’est saisi de la tâche de trouver une solution à ce conflit, tout en maintenant sa lutte contre des militants et initié des négociations qui, si elles aboutissent, établiront la progression vers la fin du conflit. C’est en effet très risqué et un challenge mais, en tant que Président de son pays, il devait le faire. Cette initiative, qui requiert le plus haut degré de responsabilité, démontre son courage, son engagement à réussir la paix et une attitude de principe contre son usage à des fins politiques personnelles. C’est un long trajet, mais la feuille de route a été tracée et les objectifs sont clairs. Le Président l’a rendu très clair: au cas où ces objectifs ne puissent être atteints, l’État de Droit se perpétuera en dépit de la présence de forces de guérilla illégales.

RT: D’accord, mais de quelles fondations ce processus a-t-il besoin pour réussir?

BG:Ce qui est déjà en place est une volonté politique forte; ainsi que des étapes du processus qui ont été définies, tout comme les outils pour préserver le dialogue afin d’accomplir un rapprochement couvrant les thèmes politiques, économiques et sociaux ainsi que l’agriculture, et certainement les problèmes relatifs aux victimes du conflit. C’est la première fois qu’un accord de ce type a été conclu, qui s’adresse au problème du droit des victimes. Ils auront besoin de définir le cadre, les jalons et les buts et d’avancer par étapes comme prévu.

RT: Manque-t-il quelqu’un à ce dialogue? Le gouvernement et les FARC sont là tous les deux, devrait-il y avoir quelqu’un d’autre?

BG:Je pense que les parties prenantes dans ce processus sont exactement celles qui ont besoin d’y être. À tout le moins, ce sont les parties qui ont été désignées. Le Président a fait une déclaration publique que d’autres parties pourraient se joindre au dialogue au fur et à mesure de l’évolution du processus. Ils n’ont pas tous besoin d’y être engagés dès son initiation, mais le public et les victimes ont besoin de suivre ce qui est prescrit par la loi, et il peut également se trouver un moment pour eux de s’interposer.

RT: Je souhaite vous demander ce que sont vos nouveaux engagements professionnels. Si vous pouviez retourner à la Cour Nationale, où je crois que ce que vous y avez accompli et introduit est toujours en vigueur, et étant données toutes ces choses que vous vouliez faire – donc si vous pouviez y retourner, le feriez-vous? Ou peut-être êtes-vous satisfait de ce que vous faites en ce moment?

BG:Je suis heureux avec ce que je fais actuellement, je ne peux pas m’en plaindre, je fais ce que j’aime faire, et rien que ce fait veut dire beaucoup de nos jours. Mais ceci ne veut pas dire que je délaisse mes droits légaux – et mes droits légaux sont définis par mes qualités de Juge et de Magistrat.

Je continuerai d’exercer mon droit à la compensation pour ce que je crois être un mauvais verdict de la Cour Suprême, et je soumettrai tous les appels correspondants. Quand j’aurai obtenu ma compensation, mon acquittement, ma réhabilitation, j’aurai le temps de songer à ma volonté ou non d’y retourner. De toute manière, la vie continue et, comme l’a dit un philosophe grec il y a des siècles, vous ne pouvez pas deux fois croiser la même rivière.

RT: Merci beaucoup, M. Garzón.

Lien vers la transcription originale: http://rt.com/news/assange-lawyer-garzon-interview-789/

traduit depuis le web par willsummer

Stratfor sur la piste de l’Argentine en 2011: « la présidente appelle la prise de position anglaise sur les Malouines de la ‘stupidité’ « 

En passant

Publié par WikiLeaks le 16 août 2012

Email-ID 737590
Date 2011-06-19 12:30:54
From dialogbot@smtp.stratfor.com
To translations@stratfor.com
List-Name translations@stratfor.com

Rapporté par Ernesto Azarkevich, de Posadas: « Pour Christina, la position Anglaise sur les Malouines est une « stupidité » – Clarin.com
Vendredi 17 Juin 2011 21 h 31 47 GMT

Les Malouines, vues depuis l’orbite terrestre

Cristina Fernandez a dit qu’elle remplissait son rôle de « présidente de tous » (les Argentins) et elle a qualifié les remarques du premier ministre Britannique de  » arrogantes, médiocres et presque stupides ». Elle a aussi décrit le Royaume Uni comme un « pouvoir colonial lourdaud en état de déclin »

« Nous allons continuer de réclamer la souveraineté (sur les Malouines) et appeler au dialogue aux nations unies et dans toutes les réunions internationales. Nous allons les récupérer (les îles) en agissant légalement et pacifiquement » a t elle déclaré sur un ton passionné. Nous allons continuer sans relâche à réclamer la souveraineté et à les appeler à nous rencontrer pour des discussions », a t elle ajouté.

La Présidente est arrivée à Misiones à bord de l’avion présidentiel Tango 01 à 12h45 précises, et a pris part à une visioconférence avec le Gouverneur de San Juan Jose Luis Gioja pour inaugurer un établissement d’enseignement technique; et aussi avec la Ministre de l’Industrie, Debora Giorgi, qui était dans la ville de Eldorado, province de Misiones, où l’entreprise Brésilienne Dass développe sa plate forme d’assemblage de chaussures.

La visite de Cristina Fernandez, la huitième de sa présidence, a lieu juste 10 jours avant les élections provinciales, et est un signe de l’évident soutien de l’administration à l’actuel gouverneur de Missiones, le Kirchnerien Maurice Closs, qui concourt pour sa réélection.

Le prétexte de ce voyage était l’ouverture d’un théâtre musical au Centre Culturel de Posadas. Là, elle a écouté le Libertango de Piazzolla et a parlé avec le danseur Inaki Urlezaga, qui se produisait lors de la Première au théâtre.

Très tôt le matin, la police a affecté 800 agents au dispositif de sécurité, à cause de rumeurs persistantes de possibilités d’affrontements entre les supporters du Maire de Posadas, Orlando Franco, et de son principal rival, l’actuel ministre (provincial) du développement social, Joaquin Losada. Les deux sont engagés sous les couleurs du parti « Front du Renouveau » (pro gouvernemental) mais dans des tendances différentes.

Depuis la tribune, pendant son discours, le Gouverneur Gloss a appelé ses supporters « à rester calmes pendant cette phase finale de la campagne; nous devons aller dans chaque quartier huit fois, mais nous devons rester pacifiques comme nous l’avons toujours fait » Cet appel intervient après qu’un supporter du Front du Renouveau ait été tué dans une bagarre au couteau lors d’une manifestation politique le 25 Mai.

La Présidente était accompagnée de seulement quelques collaborateurs et elle est restée à Posadas une heure et demie, Habillée de noir, elle a offert des netbooks à des étudiants, des titres de propriété à des petits fermiers et 35 millions de pesos (8 551 184, 11 dollars US) pour subventionner le mate cultivé par des petits producteurs de la province.

Elle a consacré un paragraphe de son discours aux médias, disant: « Je ne veux pas pleurer aujourd’hui, ainsi ils ne pourront pas me traiter de « pleureuse ». Je ne vais pas leur faire ce plaisir. »,

Le gouvernement fédéral s’est également engagé à verser 180 millions de pesos (43 977 518,19 dollars US) pour une nouvelle usine de traitement de l’eau potable et un nouveau réseau d’eau pour la ville de Puerto Iguazu, une ville qui est une attraction touristique majeure,

(Description de la source: Buenos Aires Clarin.com en Espagnol-Version en ligne du quotidien de fort tirage (format tabloïd), appartenant au groupe de presse Clarin; généralement critique envers le Gouvernement; URL: hht://www,clarin,com)

Les articles de World News Connection sont généralement soumis à copyright de la source citée, La permission de l’utiliser peut être obtenue auprès du détenteur du copyright, Les demandes d’utilisation doivent être adressées à NTIS, Département US du Commerce,

NdT:

Posadas est la capitale de la province de Misiones, dans le nord du pays, sur les bords du fleuve Parana,
Le kirchnerisme fait référence à l’ancien Président Argentin Nestor Kirchner, époux de la Présidente actuelle, décédé en 2010.

La possession des îles Malouines (Falklands en anglais) est un sujet de conflit entre l’Argentine et le Royaume uni depuis quasiment leur découverte, En 1982, l’Argentine a tenté sans succès de récupérer ces îles par une action militaire (Guerre des Malouines), Depuis cette date, l’Argentine continue de revendiquer sa souveraineté sur ces îles (http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/04/02/la-guerre-des-malouines-ou-trente-ans-de-conflit-irresolu_1678948_3222.html)

Lien vers l’article sur le forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14316.0.html
Lien vers le mail sur WikiLeaks.org : http://wikileaks.org/gifiles/docs/737590_united-states-americas-president-says-uk-falkland-stance.html

traduit sur WikiLeaks par Irien

Abdou Bendjoudi : « Nous arracherons notre liberté et notre dignité »

En passant

Samedi 8 septembre 2012

 

Abdou Bendjoudi est un jeune militant associatif et défenseur des droits humains. Il active avec plusieurs associations et mouvements opposants, notamment le Mouvement de la Jeunesse Indépendante pour le Changement (MJIC) dont il est chargé de communication. Il est aussi un web activiste et blogueur, son blog, Le Club des Démocrates, est censuré en Algérie.

Le militant Abdou Bendjoudi

Ce 27 septembre, Abdou Bendjoudi passera en justice avec trois autres militants, Othmane Aouameur, membre du Réseau de Défense des libertés et de la dignité (RDLD), Yacine Zaïd, syndicaliste autonome et militant des droits humains et Lakhdar Bouzini, syndicaliste avec le Syndicat National autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP). Les autorités algériennes les ont traduits en justice pour « attroupement non armé« . L’affaire remonte à un rassemblement organisé en guise de soutien à un syndicaliste en grève de la faim et à lequel les quatre militants ont pris part.

Le Matindz : Après les élections législatives, plusieurs procès ont été engagés contre des militants des droits humains et des syndicalistes. Quelle est votre lecture sur cet acharnement ?

Abdou Bendjoudi : Cet acharnement était prévisible, le régime avait temporisé quelque temps pour que les procès des militants ne coïncident pas avec la présence des observateurs internationaux en Algérie… juste après le départ de ces derniers, il a actionné sa machine répressive (la justice) contre les syndicalistes, militants des droits de l’Homme, militants pour la démocratie, animateurs des foyers sociaux. Le régime attaque tout ce qui peut constituer une force vive qui mènera à bien ce changement que nous comptons arracher, avec tous les moyens pacifiques disponibles.

Votre procès avec 3 autres militants pour « attroupement non armé » prévu initialement pour le 19 juin, a été reporté et sans aucune raison au 27 septembre. Quelle issue prévoyez-vous à ce procès ? 

Le jour de notre procès, les dizaines d’activistes, citoyens et avocats présents au procès ont été étonnés de la façon avec laquelle la juge avait prononcé le report du procès de trois mois et demi sans donner la moindre explication, ce qui en dit long sur l’indépendance de cet appareil… Leur objectif était de nous perturber moralement, je crois que nous avons prouvé le contraire, de jour en jour, le régime se consume, et notre détermination grandit.

Pour l’issue à ce procès, sachez que tout est possible dans un Etat de non droit comme le nôtre, où les verdicts sont dictés par téléphone, mais la puissante mobilisation de tous les militants du MJIC en Algérie et à l’étranger, les organisations partenaires avec qui nous menons cette lutte sociale et politique contre le régime, les citoyens soucieux de l’avenir du pays, me laisse optimiste. Un grand syndicaliste qu’est Redouane Osmane disait qu’: »il n’y a que la lutte qui paye« , il a raison, et je rajoute il n’y que la lutte qui empêchera le retour aux assassinats politiques, et qui cessera ces harcèlements contre les citoyens militants pour une Algérie démocratique et sociale.

Vous avez appelé à un rassemblement devant la cour de Bab El Oued le jour du procès. Envisagez-vous d’autres actions ?

Effectivement, le MJIC avait appelé à la mobilisation citoyenne pour non seulement faire pression sur le régime et son appareil judiciaire, mais aussi pour dénoncer les harcèlements physiques et moraux que subissent les militants de toutes les organisations politiques, syndicales et de droits de l’Homme. Des camarades ont aussi initié une formidable compagne de solidarité à travers le monde, des pétitions lancées, nous avons saisi les grandes ONG internationales, le rapporteur spécial de l’ONU etc. La communauté internationale est au courant de ces harcèlements, j’espère seulement que l’intérêt humain primera sur l’intérêt économique cette fois-ci !

Le désengagement suite aux déceptions et la marginalisation a gagné la plupart des jeunes Algériens. Quel est à votre avis, le rôle de la jeunesse dans l’Algérie de demain ?

La réponse à cette question passe par une analyse socioéconomique, politique mais surtout une analyse anthropologique qui retracera tout le chemin miné qu’a parcouru notre peuple depuis son indépendance. Mais pour faire court, sachez qu’a chaque sortie de crise et depuis 50 ans, l’Algérien a été confronté à une nouvelle crise plus grave encore, d’une déception profonde après l’indépendance, à une dictature de l’incompétence, à une dictature médiocre, à l’intégrisme, à la décennie de terreur, au terrorisme d’Etat, et finalement à l’Etat policier qu’impose le chef d’Etat actuel, et la corruption qui gangrène tous les appareils de l’Etat. Aucun instant de répit depuis 50 ans! Imaginez-vous un peuple avec autant de résistance à la tyrannie ? Et qui se bat tous les jours ? Il manque à cette lutte, l’expression politique et citoyenne, nous y travaillons depuis des années malgré toutes les entraves, nous récolterons les fruits de ce travail dans l’avenir ! Le peuple est le faiseur du changement, sa jeunesse est sa force de frappe, nous arracherons notre liberté et notre dignité, même si ça coûtera nos vies.

Je tiens à profiter de l’occasion pour exprimer mon soutien à Abdelkader Kharba qui entame sa troisième semaine de grève de la faim, ainsi qu’aux membres de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen Tizi-Ouzou, votre soutien nous honore.

 

Propos recueillis par  @Madjid_SERRAH

 

 

Lien original: http://paixetjustice.over-blog.com/article-abdou-bendjoudi-nous-arracherons-notre-liberte-et-notre-dignite-109862615.html